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Des centaines de fois j'ai traversé cette ville, sans jamais m'y arrêter. Ce fut chose faite au retour d'Aubenas. Et je n'ai pas été déçue.

Proche de Montélimar, Viviers, capitale historique du Vivarais auquel elle a donné son nom, veille fièrement sur le défilé du Rhône, du haut de son piton rocheux où trône sa cathédrale.

Viviers, « capitale du Vivarais »,  résidence des évêques depuis le Ve siècle , véritable musée d'architecture à ciel ouvert. Viviers la mystérieuse qui ne se livre qu'au visiteur averti et curieux. Elle possède neuf monuments classés et huit monuments inscrits à l'Inventaire supplémentaire des Monuments historiques. Les Vivarois possèdent un trésor, mais ne savent pas l'apprécier et le mettre en valeur.

Le Séminaire

Le Séminaire qui reçoit aujourd'hui les groupes en visite ne fut pas le premier établi à Viviers. Un autre établissement avait été fondé près de la cathédrale, en 1650, par Mgr de Suze, afin de faire face à la fois au manque de connaissances du clergé et afin de remédier à l'avancée des idées protestantes. À la suite de l'incendie de 1772, il fut décidé d'élever le nouveau bâtiment en dehors de l'enceinte de la ville. Seule la partie centrale avec ses 141 chambres fut construite alors et fonctionna de 1785 jusqu'à la Révolution.

En 1793, le Séminaire devint un lieu de réclusion pour les prêtres réfractaires. Puis l'évêché de Viviers se trouva rattaché à celui de Mende, en Lozère, à partir de 1802 et la ville perdit sa suprématie religieuse. Un ancien directeur, l'abbé Vernet, parvint néanmoins à le racheter. C'est en 1823 que l'évêché de Viviers fut enfin rétabli et que le Séminaire put fonctionner à nouveau. On construisit ensuite l'aile gauche, dite de philosophie, puis l'aile droite qui abrita la chapelle et une vaste bibliothèque. Mais les lois de séparation des Églises et de l'État de 1905 obligèrent à nouveau les séminaristes à quitter les lieux qui devinrent un camp de réclusion pour des suspects alsaciens. C'est en 1924 que l'établissement, racheté grâce à Auguste Pavin de Lafarge, put enfin rouvrir ses portes. Depuis 1977 l'établissement reçoit des groupes venant suivre des stages, des sessions ou des... séminaires.

La ville basse

Viviers fut entouré d'une double couronne de remparts délimitant la ville basse des artisans, commerçants et notables, de la ville haute, uniquement religieuse, qui abritait le quartier canonial. Une partie du rempart de la ville basse avec sa tour du quatorzième siècle se déploie encore sur la droite en descendant la rue. Puis nous découvrons les vestiges de la plus grande des six portes de la ville, la porte Riquet, où sont encore visibles la rainure qui guidait la herse et dans le mur, à l'étage, l'ancienne porte d'accès à la partie haute de la porte.

La maison des Chevaliers

Après le passage sous un « pontet » décoré de fenêtres trilobées, nous parvenons devant la fameuse « Maison des Chevaliers ». Elle fut la propriété de Noël Albert, commerçant enrichi par le commerce du sel sur le Rhône, qui fit refaire en 1546 la façade de sa maison « à l'antique ».

Sur l'actuelle place de la République, une maison donna en 1642 l'hospitalité à Richelieu qui souffrant d'un ulcère au bras se faisait porter sur un lit par six serviteurs. L'escalier, en vis à cette époque, ne permettant pas l'accès du lit au premier étage, une grande ouverture fut faite dans la façade et un pont de bois permit aux porteurs de son lit d'accéder à sa chambre.

 

L'hôtel de Lestrade

Cette construction importante date du XIIIe siècle et se dresse au fond de la place. Elle servit de maison des consuls ainsi que de caserne et de prison à partir de 1767. La façade latérale conserve des fenêtres du XVIe siècle, une belle porte cloutée avec larmier, une élégante fenêtre géminée et le haut de l'ouverture de la prison qui se trouve enterrée à cause du dénivelé de la rue.

La rue du Château ne mène à nul château, mais au quartier canonial, établi peut-être sur un ancien castrum romain. Depuis la base d'un escalier établi à la fin du XIXe siècle, on peut apercevoir le mur de la ville haute, percé de la belle fenêtre Renaissance d'une maison de chanoines. Quelques mètres plus haut sur la droite, la façade d'une maison fin XVe siècle présente l'ancienne porte d'accès, murée, à un mètre de hauteur et une belle fenêtre à demi-croisée, surmontée d'un larmier qui retombe sur deux culots sculptés.

Et nous arrivons à la porte de la Gache, (de l'occitan gachia, le gardien) porte d'entrée du quartier canonial ouverte au XIVe siècle ; elle est surmontée d'une bretèche. Face à cette porte, un petit local exposant maquettes, photos et documents permet de mieux comprendre ce qu'était un quartier canonial et la façon dont la vie s'y déroulait.

Le quartier canonial

La tour-porte s'offre ensuite aux yeux étonnés des visiteurs. Elle fut construite en trois périodes. Au XIe siècle les chanoines décidèrent de faire une porte d'entrée monumentale pour leur quartier en la surmontant de la chapelle Saint-Michel ; non visitable, elle possède une coupole recouverte de multiples sculptures. Au XIIe siècle, la tour fut surélevée afin d'en faire un clocher où les cloches ne prirent place que plus tard. Puis au XIVe siècle la guerre de Cent Ans obligea à se fortifier et le dernier étage polygonal fut réalisé : créneaux et meurtrières cruciformes y furent établis, de même qu'au balcon formé au premier étage par la chapelle, balcon nommé « la Bramardière » puisque le guetteur devait y « bramer » en cas de danger.

 

La maison de Sampzon

Sur la gauche de la tour-porte, elle enjambe la rue de Châteauvieux et domine l'escalier qui monte à la cathédrale. Elle fut construite au XIIIe siècle pour le chanoine Pons de Sampzon et modifiée au XVIe siècle par l'adjonction de galeries autour de la cour. La tour de la demeure abrite un bel escalier en vis et les façades présentent des fenêtres à demi-croisées. Un système de canalisations en pierre permettait la récupération des eaux de pluie dans la citerne qui trône toujours au milieu de la cour. Cette maison fut épargnée par les Protestants lors de leurs destructions en 1567, car le chanoine Antoine de Castilhon, propriétaire à cette époque, avait des parents huguenots.

La cathédrale Saint-Vincent

La cathédrale fut consacrée en 1119, sous l'évêque Léger, par le pape Calixte II. C'était une église à trois nefs dont la voûte était soutenue par six piliers cruciformes. On reconnaît les arcs romans des bas-côtés de chaque côté de l'orgue. Les murs latéraux ont conservé les grands arcs de décharge en plein cintre avec leurs baies étroites.


Le chevet primitif était une abside en cul-de-four, mais un déambulatoire permettait l'accès à des chapelles rayonnantes, toujours visibles de l'extérieur.

La place de la Plaine

Cette place où se trouvaient autrefois tous les bâtiments communs aux chanoines est bordée par la chapelle Saint-Clair, construite à l'endroit du cloître disparu qui communiquait avec la cathédrale. Appuyée au mur de la cathédrale, une tourelle abrite l'escalier qui permet de monter à la galerie extérieure du chœur de la cathédrale, mais l'accès n'est pas public. Le bâtiment moderne de l'ancien couvent Saint-Roch occupe tout le fond de la place ; les religieuses étaient des sœurs soignantes et garde-malades qui s'activaient auprès de la population vivaroise.

La place de Châteauvieux

C'est un lieu de promenade privilégié qui domine toute la ville et offre de belles échappées sur le Rhône tout proche, les ruines de Châteauneuf et au loin le Vercors. En s'approchant du mur d'enceinte de droite, on voit que la ville est bâtie à même la roche. On domine le chemin de la Brèche. C'est depuis ce chemin qu'en 1576 une troupe protestante escalada le rocher à l'aide d'une échelle de corde lancée par un traître. A l'extrémité de ce belvédère, c'est la vue sur la place de la Roubine, ex-quartier des tanneurs avec les « chauchières », fosses à tanner le cuir et les coyrateries, tours percées d'ouvertures où séchaient les pièces de cuir.

Hôtel de Beaulieu

 

L'hôtel de Roqueplane (évêché actuel)

 

Ce bâtiment fut construit à partir de 1734 par l'architecte Jean-Baptiste Franque pour Pierre de Roqueplane, receveur des tailles du Vivarais. Il devint mairie en 1947, puis en 1986 le maire et l'évêque s'entendirent pour échanger leurs demeures respectives. C'est un bel hôtel particulier entre cour et jardin, la forte pente sur la gauche a été rachetée par la construction de trois terrasses étagées avec des dépendances en soubassement. La façade présente sept travées avec un avant-corps central ; un escalier double mène au perron surmonté d'un balcon, les fenêtres sont ornées d'agrafes. A l'arrière, le balcon est soutenu par des atlantes et une console au masque d'Hercule. Au centre du fronton du sommet trône une allégorie du Rhône. Lors de l'échange, c'est l'ancienne cuisine à l'imposante cheminée que l'on choisit de transformer en chapelle et ce fut la proposition d'aménagement de Jacques Priolleau qui fut retenue. Les parties importantes pour la liturgie (tabernacle, autel, ambon) sont soulignées de blocs de travertin. L'ensemble est sobre mais tout en symboles.

Le palais épiscopal

 

A partir du XIVe siècle, les évêques avaient pris l'habitude de ne plus résider à Viviers, mais dans les châteaux qu'ils possédaient aux environs, puis surtout dans leur palais de Bourg-Saint-Andéol. Si bien que l'évêque, Mgr Renaud de Villeneuve, fut prié par le pape de faire sa résidence habituelle à Viviers. Comme l'hôtel de Roqueplane, c'est un vaste édifice entre cour et jardin qui occupe le fond de la cour d'honneur, l'aile gauche était destinée aux cuisines et aux galetas des serviteurs. Une aile droite, prévue mais non réalisée, devait recevoir la chapelle et une serre. Le vestibule dont la voûte présente une savante stéréotomie précède la salle à l'italienne. D'une hauteur d'un étage, cette salle est surmontée d'un balcon destiné à accueillir les musiciens lors des réceptions.

Cité Blanche

 

(Nom donné en mémoire de Blanche de Causans, épouse décédée prématurément de Raphaël de Lafarge)

La visite se poursuit par une visite de la cité Blanche, ancienne cité ouvrière Lafarge où les premiers logements furent construits en 1880, puis les seconds en 1913. Ce fut une « ville dans la ville » avec église, écoles, hôpital, boutiques. Les ouvriers se retrouvaient au Cercle Saint-Léon. Tout était organisé pour les loisirs, patronage, cours du soir, équipe de foot, jeux de boules... Un système d'aide sociale avec caisse de secours, caisse de retraite, soins gratuits... fut rapidement mis en place. Avec la mécanisation, les besoins en personnel devinrent de moins en moins importants et la cité se dépeupla progressivement, mais il reste encore quelques occupants qui ne veulent pas la quitter.

Le pont romain

 

Daté du IIe ou IIIe siècle, il enjambe l'Escoutay, petite rivière de type méditerranéen, née à Saint-Jean-le-Centenier. Long de 100 mètres, il possède onze arches, mais sans doute douze ou treize à l'origine. Sous les arches du milieu, la structure romaine est encore visible : des rouleaux de pierres plates, séparées par un cordon de fragments de briques. En amont, les piles du pont présentent des avant-becs sans doute d'origine médiévale. Quelques arches ont été remaniées ou remplacées, car il a connu au cours des siècles de nombreuses crues. Ce pont était emprunté par la voie romaine qui longeait la rive droite du Rhône et traversait Viviers. Selon certains auteurs, il s'en détachait un itinéraire qui gagnait Alba par les collines, chemin qui fut ensuite très fréquenté par les muletiers avec leurs chargements de sel, de vin et autres denrées approvisionnant la Montagne. Les écrits du XVIIe siècle abondent en récits de crues et de leurs ravages. Plus récemment des épis ont été construits dans le lit, des enrochements pratiqués sur les berges, mais l'été l'Escoutay est souvent à sec et alors il n'alimente plus le Rhône au port de Viviers.


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Nous avons déambulé au travers des rues étroites, puis avons visité la cathédrale et son esplanade qui domine la ville et d'où on voit de bien jolis toits anciens.

 

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Comme je vous le disais, cette escapade dans mon ancienne région m'a permis de visiter des endroits que j'ai souvent traversés, mais sans plus. Jolie balade donc que celle-ci.

J'espère que cela vous aura plu.

Bisous ! Bizoux !

Calinquette

 

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