14 septembre 2019

Villard-Saint-Sauveur - Chacom

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On continue les visites dans le Jura.

Aujourd'hui, je change de registre et vous propose de nous déplacer à Villard-Saint-Sauveur, juste après Saint-Claude.

 

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Située dans le Parc Naturel Régional du Haut-Jura, au confluent de la Bienne et du Tacon, dans un bel environnement montagneux, la ville de Saint-Claude est célèbre pour son artisanat et plus particulièrement pour sa fabrication de pipes de bruyère. Le musée de la Pipe et du Diamant expose des collections de pipes, de diamants et de pierres précieuses.

Vestige d'une ancienne abbaye, la cathédrale Saint-Pierre, de style gothique, est dotée d'une façade classique. A l'intérieur, un superbe retable du XVIe siècle ainsi que de magnifiques stalles en bois s'offrent au regard.

La ville constitue un excellent point de départ pour se rendre aux gorges du Flumen.

A partir de la fabrication d’objets en bois (jeux, objets de piété,…), basée notamment sur la tournerie, Saint-Claude va diversifier ses activités et fabriquer des pipes en bois de bruyère. Rapidement, la ville devient la capitale de ce savoir-faire avec pas moins de 14 entreprises. Les usines de la ville vont avoir le monopole de fabrication des pipes jusqu’en 1855. Dans le même temps, les familles de Saint-Claude et des environs élargissent leurs activités pour tailler le diamant et les pierres précieuses toujours en utilisant la force hydraulique de l’eau des rivières de la Bienne, du Tacon et du Flumen qui traversent Saint-Claude. Patients et précis, les diamentaires et apidaires de Saint-Claude se taillent rapidement une excellente réputation dans le monde de la joaillerie.

Dans ce billet, nous allons aborder le domaine de la pipe, avec la fabrique-musée de Chacom, qui se trouve à côté de Saint-Claude., à Villard-Saint-Sauveur

 

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Suivons les pipes au sol pour accéder au magasin.

 

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Au fond de la pièce, se retrace l'histoire de la pipe Chacom. L'hôtesse nous explique tout.

 Introduit en France en 1560 par Jean Nicot, le tabac était prisé ou chiqué puis enfin fumé en roulant les feuilles sur elles même. Ce n'est que plus tard que la pipe fût largement adoptée. Les premières pipes occidentales étaient en terre cuite, matériau peu couteux et aisément façonnable. Toutefois ces pipes n'étaient pas considérées comme durables car très fragiles.

Depuis le moyen âge, la région de Saint-Claude accueille de nombreux ateliers où les essences de bois locales étaient façonnées en de divers objets dont des pipes. Le buis, le hêtre ou le merisier étaient les essences de prédilection. Néanmoins ces pipes avaient une durée de vie très courte. Le bois résistait mal à la chaleur et le bois influençait le goût du tabac. C'est à partir de 1852 que la bruyère arborescente (érics arborea) fut reconnue pour ses caractéristiques.. C'est un arbuste à fleurs blanches qui peut atteindre 4 à 6 mètres de haut et qui pousse à l'état sauvage au milieu des chênes-lièges ou dans les maquis. Il a la particularité de posséder, entre le tronc et les racines, une excroissance en forme de boule appelée souche.

 

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  Les avantages de cette matière sont la légèreté (on peut garder la pipe en bouche sans peine), la grande faculté d'absorption de l'humidité pour une plus longue durée de vie, et son goût neutre qui permet de mieux savourer les arômes du tabac.

Très rapidement les fabricants de Saint Claude ont abandonné les essences de bois locales et aujourd'hui la bruyère représente la quasi totalité des pipes réalisées.

Voir racine ci-dessous.

 

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Passons aux différentes étapes de la fabrication d'une pipe :


- L'âge des bruyères. Il faut selon les terrains, de 40 à 50 ans pour obtenir une souche exploitable. Il existe des crus meilleurs que d'autres. Pour fabriquer une bonne pipe, on doit avoir au départ une bonne bruyère.
 
- L'arrachage des souches. Par lui commence le processus de transformation. L'arracheur sait, au vu d'un arbuste de bruyère, s'il va donner ou non une souche suffisante (environ 20 cm de diamètre minimum). Son travail consiste à déterrer la souche, à la séparer de ses racines, à la couper de son tronc, à la nettoyer ensuite de la terre et des cailloux qui s'y trouvent mêlés. Il la partage enfin en quartiers pour vérifier qu'elle est saine. Ce sont ces quartiers de souches, prêts à être transformés, qu'il vend au fabricant d'ébauchons, installé à proximité. La période de la cueillette ou arrachage se déroule d'octobre à mars-avril. Les autres mois, la terre est trop sèche pour que l'arrachage puisse se poursuivre sans danger d'éclatement et de détérioration des souches.
 
- La transformation en ébauchons. A la scierie, les souches sont stockées en tas dans des hangars et dans des trous. Recouvertes de branchages ou de sacs, elles sont maintenues en continuel état d'humidité pour éviter qu'elles ne se fendent. Intervient alors le sciage des ébauchons, une profession rare et difficile. Le scieur doit étudier chaque quartier de souche pour en tirer le meilleur rendement. Il doit aussi s'efforcer de suivre au mieux le veinage ou le grain de la bruyère. Selon les défauts à éliminer, selon les caractéristiques de la souche, il la taillera en marseillaises qui serviront à faire des pipes droites ou en relevés qui feront des pipes courbées. Il faut 5 à 6 quintaux de souches pour obtenir une balle d'ébauchons. Le scieur fait en même temps la sélection des qualités (extra, premier et race, cette dernière étant réservée aux pipes de second ordre). Après sciage et tri, les ébauchons sont plongés dans une cuve en cuivre remplie d'eau. Ils y sont étuvés à l'eau bouillante pendant près de 20 heures. Cette opération a pour but de retirer la sève de la bruyère et de stabiliser ainsi le bois.

 

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- Les ébauchons. Les ébauchons subissent alors un premier échange naturel très lent. Déjà triés par qualité, ils vont être maintenant triés par taille. Il existe ainsi 13 tailles de marseillaises et 6 tailles de relevés. Ils sont ensuite comptés et mis en sac. L'unité de vente est la balle, qui correspond à une quantité d'ébauchons donnée, variable selon la taille.

- L'ébauchage. A partir de l'ébauchon brut, c'est la première étape : le dessus de la tête et du fourneau (foyer) sont  façonnés.

 

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- Le Varlopage. Etape qui consiste au tournage de la tige ronde de la pipe.
 

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- Le fraisage. Le dessous de la tête (bol) est taillée avec une fraise particulière dont la forme peut varier en fonction du profil que l'on veut donner à la pipe.

 

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- Le Perçage. Cette opération est très délicate car le trou de tirage doit aboutir très exactement à la partie basse du foyer et à l'autre extrémité, être centré dans la mortaise qui recevra le floc (tenon) du tuyau. Le but de cette opération est d'obtenir un tirage parfait sans condensation.

 

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- Le Rapage. Les surplus de matière (bruyère) sont éliminés à la lime. Cette opération est de nos jours de plus en plus mécanisé.

 

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- Le Montage. Ajustement du tuyau sur la tige.

 

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- Le Polissage. D'une pièce brute va naître une pipe. Des grains de toile de plus en plus fins sont utilisés pour arriver à un polissage et une finition parfaite de la pipe. L'ouvrier devra mettre en valeur le grain, la flamme et la qualité de la bruyère.

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- Le badigeonnage. La pipe est teintée avec une solution contenant de l'alcool puis flammée sur un petit réchaud. Le fabricant détermine la couleur souhaitée.

 

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- L'Eclaicissage. La couleur et le vernis posés, la pipe repasse par une phase très minutieuse et définitive de polissage. La couleur pourra être prédominante ou éclaircie pour n'imprégner que certaines parties du bois comme les veines.

 

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- Le Marquage.

 

 

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Des films, des vitrines, des photos retracent toute l'histoire de la pipe au fond de la boutique. Voici quelques photos que j'ai prises.

 

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Les différents marquages Chacom.

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Avant de quitter les lieux, choisir celle qui repartirait avec moi. Quand j'étais plus jeune, je fumais la pipe de mon grand-père, jusqu'à ce qu'elle devienne inutilisable. Je rêvais d'en avoir une à moi et celle-ci est très féminine.

 

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Fumer la pipe c'est tout un art. Il existe même une confrérie des fumeurs de pipe, créée en 1966. Et un championnat de France des fumeurs de pipe. Ces derniers doivent tenir leur pipe allumée le plus longtemps possible. Un heureux gagnant a déjà tenu plus de deux heures !

Document à lire pour celles et ceux qui veulent s'y mettre...

 

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C'est ici que s'arrête la visite des pipes Chacom.

Je suis désolée si ce billet est un peu long, mais je ne voulais pas le couper afin que tout soit bien clair sur le processus de fabrication et surtout je ne voulais pas que vous vous mélangiez avec un prochain texte sur le musée de la pipe dans le centre de Saint-Claude.

Belle journée !

 

Bisousssss

 

Calinquette

 

 

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