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Bonjour à toutes et à tous

Aujourd’hui, je vais être plus sérieuse que d’ordinaire, plus personnelle aussi. Je sors des sentiers battus, ne venant pas vous parler bricolage ou balade. Je comprendrai si certaines personnes s’arrêtent au bout de quelques lignes. Le sujet est encore tabou. Mais j’ai besoin de m’exprimer pour mieux recommencer.

Je viens donc vous parler d’une page blanche.

Mais qu’est-ce qu’une page blanche ?

 

Chaque grand roman commence avec une page blanche, chaque composition musicale commence avec une partition vierge, chaque présentation commence avec une page blanche, chaque peintre commence avec une toile vierge. De la même façon, chaque jour commence avec une page blanche.

 

Il y a exactement un an aujourd’hui, je prenais un nouveau départ. Le monde semblait s’écrouler sous mes pas. Je n’avais plus de repères, sauf celui de la fuite. Il me fallait fuir la personne qui m’a fait tant de mal, qui m’a fait tellement peur que j’ai vu la mort dans ses yeux, alors que ses mains venaient enserrer mon cou.

 

 

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Je suis restée longtemps en état de choc post traumatique, même si je n’ai rien laissé paraitre. Et comme en prime, en prévision de mon immobilisation, j'avais enregistré un an de billets, je n'ai pas eu à dire quoi que ce soit... Même si certaines ont compris et m'ont contactée en privé.

Mais j’ignorais qu’en moi sommeillait la Résilience, cette amie qui m’a aidée à surmonter bien des choses.

 

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Une page blanche, on peut la regarder pendant des heures, l’ignorer, la mettre d’un côté - c’est ce que j’ai fait au début -, repassant ma vie en boucle, me demandant ce que j’avais fait pour en arriver là.

On peut aussi en disposer. C’est ce que je commence à faire. Le roman, la composition, la présentation, la peinture ou la journée n’attendait qu’une chose : que je saisisse cette page et que je commence à la remplir.

Le premier jet n’était pas parfait, j’ai eu besoin d’éditer, de corriger certains passages, en effacer d’autres et parfois même de recommencer de zéro, mais pour faire tout cela, j’ai dû commencer.

 

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J’ai eu la chance d’être entourée par ma famille et aussi par des inconnus. J’ai été hébergée chez les premiers et je n'ai pas assez de mots pour les remercier pour leur courage. J'ai aussi été aidée par bien d'autres. Je parle d’une association d’aide aux victimes de violences, d’assistantes sociales, du CDIFF, de soignants (principalement mon kinésilogue), de C N mon coach de vie, de mon avocate. Grâce à toutes ces personnes, j’ai pu sortir du brouillard dans lequel j’étais. Même s’il reste quelques zones d’ombre, je vois enfin la lumière.

 
 

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Si je n’avais pas eu cette résilience, je n’aurais laissé derrière moi que des pages vierges. J’ai donc commencé à faire ce que j’étais censée faire, créer quelque chose de nouveau. Après quelques mois de léthargie, j’ai beaucoup lu sur le sujet, écrit près de quatre mille pages sur mon ordinateur pour sortir mes peurs, mes tristesses, mes angoisses.

 
 

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En prime, il y a eu mes soucis d’épaules avec une opération en novembre. Opération réussie, mais récupération très lente. Toutefois, à toute chose malheur est bon, car au lieu de me faire opérer dans ma région, avec 70 % de récupération, je l’ai fait sur Lyon avec 100 % de recouvrance. Cela a juste retardé l’intervention de quelques mois. Cependant, le chirurgien m’avait bien dit que lorsque la tête ne va pas, cela engendre des complications… Ce qui fait que je suis loin d’avoir retrouvé ma mobilité. Mais j’ai en moi la force d’avancer. Je fais ma kiné cinq fois par jour, et je fais tout pour retrouver ma motricité. Même si mon dossier RQTH (travailleuse handicapée) est validé, je veux que tout revienne à la normale, et je n’ai qu’un seul objectif, y arriver. A mon âge, une reconversion professionnelle serait surtout synonyme de licenciement…C’est hors de question !!! Par contre, je ne pense plus faire la deuxième intervention dans la foulée... C'est trop douloureux, et elle est moins endommagée que la première. Cela attendra.

 
 

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Pendant tout ce temps, je suis restée cachée afin de me reconstruire, et surtout pour que « la personne » ne vienne pas finir le travail qu’il avait commencé, me détruire. Ce n’est pas facile de vivre dans l’ombre, mais je n’avais pas le choix. No contact avec le bourreau !

Aujourd’hui, je ne veux plus vivre ainsi. Je n’ai plus peur, je me sens forte, même plus forte qu’avant. Je suis prête à remplir plein de pages blanches. J’ai perdu ma maison, mon jardin, nombre de faux amis, mais dans mon combat, j’en ai trouvé de vrais, et j’ai renoué avec des membres de ma famille dont je m’étais involontairement isolée (j'en ai perdu certaine qui a douté de moi et de la véracité de mes dires). Mais surtout, je ME suis retrouvée. Cette retraite forcée m’a fait comprendre bien des choses. Le plus important est de retrouver l’estime de soi. Les biens matériels, ne sont pas si importants. J’ai vécu sans eux pendant un an, et cela ne m’a pas perturbée. De toute manière, un jour ou l’autre, on part sans eux… Il n’y a que le côté affectif qui a fait que je me suis battue pour récupérer mes meubles de famille. Cela se fera le vingt-huit juin, la maison sera vendue le premier juillet. Une page qui se tourne, une blanche à remplir.

 

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 J’ai un toit sur la tête, et même si je vis sans rien, je me sens bien. Là aussi, c’est une page blanche à remplir.

Petit à petit, je fais mon nouveau ptit nid. Heureusement, je n’ai pas à peindre les murs en blanc, (mes épaules ne me le permettraient pas), c’est déjà fait… J’ai acheté des meubles pour la cuisine, ma fille me les a montés. Je me suis attelée à ceux de la salle de bain, et j’ai découvert qu’il est pour moi, plus difficile de monter des meubles en kit que de restaurer des anciens… Surtout avec cette satanée épaule ! Mais maintenant, j’ai bien compris le concept (du moins je crois). En prime, je vis dans un endroit où il y a plein de chats dehors, le top pour moi.

 

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Au début, je dormais sur le canapé que j’ai acheté, puis ma fille m’a prêté un matelas que j’ai mis sur un autre pneumatique, ce qui me fait un lit convenable.

C’est encore le camping, mais dès la fin du mois, je pourrai envisager ma nouvelle déco, dès lors que j’aurai mes meubles, enfin ce qu’il en restera, car « la personne » s’est déjà bien servie, m’interdisant de récupérer mes affaires malgré l’ordonnance de non conciliation de début novembre 2018, qui m’y autorisait. Le plus difficile sera de faire rentrer ce qu’il y avait dans une maison de cent mètres carrés et un garage de vingt-cinq mètres carrés, dans soixante-dix ! Mais je peux le faire !

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Depuis que je reprends goût à la vie et que je m’ouvre à nouveau à elle, je rencontre plein de belles personnes sur ma route, et surtout je bénéficie d’un élan de solidarité sans précédent. Des gens que je connais à peine viennent à moi et m’aident au-delà de mes espérances. Et je tiens, par l’intermédiaire de ce billet, à les remercier du fond du cœur. Merci à ma famille qui a fait pour moi bien plus que je n’ai fait pour eux en vingt ans où « la personne » m’a isolée afin que je ne les vois plus ou presque plus. Il était ainsi plus facile de me manipuler. Merci à l’être qui m’a réconfortée après le drame et qui m’a aidée à prendre conscience qu’il me fallait fuir. Merci à celles et ceux qui m’ont apporté leur soutien tant par l’écoute que par les actes.

 

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Et merci à vous d’avoir suivi mon blog durant sept ans. C’est grâce à lui et à vous que j’ai compris que j’avais de la valeur, et que je n’étais pas l’individu nul et immonde que « la personne" voulait me faire croire que j’étais. C’est aussi ce qui m’a permis de comprendre, de voir que je ne vivais rien de normal, qu’il fallait que ça change.

 

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Je suis consciente que ce billet est long, mais j’avais besoin de m’exprimer, avant d’écrire une nouvelle page blanche. Je remercie celles et ceux qui m’auront lue jusqu’au bout.

N’ayez pas de pitié pour ce qui m’est arrivé. Je me suis tue pendant vingt ans, par peur de la violence et des représailles. Aujourd’hui, j’ai conscience que si j’avais osé parler plus tôt, je ne serais pas passée par tant de souffrances.

Il y a peu, je n'aurais pas osé écrire ces mots par peur de la riposte. Mais aujourd'hui, je ne crains plus "la personne" qui a été condamnée pour ses violences. Juste un stage au Tribunal de Grande Instance sur les violences intra conjugales, mais je sais que si elle revient vers moi, entre mes nombreuses plaintes et mains courantes, elle risque bien plus que cela...

Il est l’heure pour moi de prendre ma page blanche, d’y inscrire de belles notes de musique, de doux mots, de jolis dessins et photos. Libre à moi de choisir ce que j’y mettrai, mais je vais la remplir, et bien d’autres encore.

 

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 Parce qu’il faut que la violence faite aux femmes s’arrête. Cette année bat tous les records ! Une femme meurt tous les deux jours sous les coups de son conjoint ! C’est inadmissible ! Et souvent, les bourreaux sont des Manipulateurs Pervers Narcissiques, comme « la personne ». J'ai eu la chance de m'en sortir, alors que vais vivre doublement pour celles qui n'ont pas eu cette fortune !

 
 

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Je vous rassure, je ne ferai pas de mon blog un lieu de combat. Celui-ci a une vocation ludique, et il restera comme tel. J’avais juste besoin de m’exprimer une fois seulement sur ce qui m’est arrivé, afin de tourner la page une bonne fois pour toutes.

Merci à toutes et à toutes de m’avoir lue jusqu’au bout ou en partie. Il fallait juste que ça sorte.

La vie est belle et mérite d’être vécue ! Et je vais rédiger une page blanche, puis une autre, et encore une autre…

 

Je vous souhaite le meilleur !

 

Mille bisous

 

Calinquette

 

 

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